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Les voies de l'espéranceL'Afrique au seuil du troisième millénaireMais cet horizon si proche, longtemps célébré comme une frontière mythique, suscite en nous davantage d'interrogations que de réponses, évoque plus d'incertitudes que de victoires. L'Afrique reste le symbole de la marginalisation même.Ses taux de croissance sont parmi les plus faibles. Sa production par habitant est en baisse constante. L'instabilité y demeure des plus chroniques. Ses taux de scolarisation et d'alphabétisation sont très en deçà des normes acceptables. Et, pendant que la maladie et la malnutrition continuent d'y faire des ravages, la faiblesse du niveau scientifique et technologique rend inopérant le potentiel de progrès. À l'aube des indépendances, les dirigeants et les peuples avaient cru, dans l'euphorie de la dignité nouvellement conquise, que la dynamique d'émancipation entraînerait, comme par magie, un élan de développement économique, de progrès social et d'épanouissement moral de l'ensemble des communautés africaines. Les leaders africains de l'époque avaient, à des degrés divers, escompté un avenir radieux comme allant de soi,sans considération des réalités concrètes du continent et, en l'absence d'un projet fédérateur réaliste, ils avaient rêvé sans se donner les moyens philosophiques, éthiques et moraux indispensables à la gestion quotidienne et prospective d'une nation. Une autre erreur des pionniers fut de croire que seules les élites, dépositaires du savoir et du savoir-faire, pouvaient écrire les nouvelles pages de l'histoire africaine. Cette surestimation des élites provient essentiellement du rôle que celles-ci ont joué dans le processus de décolonisation. Au-delà de l'hommage qui doit leur être rendu, il convient de signaler la responsabilité qui fut la leur dans la mainmise autoritaire sur les institutions étatiques d'une part et, d' autre part, dans celle de la gestion contestable des ressources de l'État avec pour conséquence l'élargissement du fossé entre pouvoir et populations. Si les revendications multiformes pour plus de liberté ontentraîné des agitations qui ont ébranlé la vie des États, il faut néanmoins reconnaître que la rupture entre les couches sociales et les classes dirigeantes est la principalecause des émeutes et autres bouleversements politiques quin'ont cessé d'agiter l'Afrique. Ces soubresauts qui ont considérablement marqué le continent dans son évolution posent avec acuité toute la question du mode de gouvemance de nos pays. Avec ses tares originelles et ses structures inadaptées, l'État postcolonial était condamné à vivre de sévères crises de croissance. Son népotisme et son clientélisme ont révélé, mieux que toute autre chose, l'incroyable décalage qui existait entre les professions de foi de certains dirigeants et leur conception du pouvoir. À l'inadéquation des programmes et à l'absence d'une vision prospective qui va au-delà de l'accession et du maintien au pouvoir s'est ajouté un accaparement des espaces politiques et économiques. Cette situation a réduit les principaux acteurs du développement au rang de simples spectateurs, voire de victimes condamnées à la paupérisation e tà la misère avec la complicité bienveillante de partenaires extérieurs. Au Burkina Faso, plus de 80% de la population est constituée par les masses paysannes. Si une proportion aussi importante de Burkinabè reste encore dans les ténèbres de l'analphabétisme, on mesure l'injustice qui a longtemps frappé ces citoyens à part entière. C'est donc tout légitimement qu'une frange progressiste del a jeunesse de notre pays s'était lentement formée, organisée et nourrie aux sources des idées révolutionnaires pour mener le combat libérateur. L'ampleur de la désillusion collective consécutive à l'euphorie des indépendances a été le véritable ferment des luttes populaires qui connurent leur apogée dans les années 70 et 80. En prenant une part active à ces luttes avec un groupe d'officiers et de sous-officiers patriotes, nous avons marqué notre refus de nous complaire dans les avantages sélectifs que nous conférait le système et nous nous sommes engagé résolument dans la quête de l'émancipation collective. La révolution du 4 août 1983 est née de ce combat des forces patriotiques civiles et militaires. Elle visait principalement à imprimer à notre pays des transformations socio-économiques radicales, à sortir les populations burkinabè, celles du monde rural en particulier, du Moyen-Âge dans lequel elles vivaient. Cette révolution a d'abord été un moment de rêve pour tout un peuple qui voyait en elle l' avènement de son émancipation économique et sociale. Même en dehors de nos frontières, elle a fortement catalysé l'espérance des peuples africains qui ont massivement adhéré à son idéal. Sans doute aveuglés par l'euphorie révolutionnaire, nous avons, à cette époque, sous-estimé le rôle et l'importance des libertés politiques dans un processus émancipateur.Nous nous sommes trompés. Cette méprise des règles démocratiques de gouvernance avait rapidement conduit la nation à une impasse, à l'enlisement des projets de développement puis à la très regrettable tragédie de l'implosion du Conseil national de la révolution (CNR).En tant qu'un des acteurs premiers de cet épisode de notre histoire, j'ai tiré la leçon essentielle qu'un mot d'ordre ou un quelconque projet de société aussi juste et populaire soit-il n'a de force et de vie au-delà de la théorie que s'il est porté par des institutions démocratiques, ouvertes à l'expression de toutes les forces économiques, politiques et sociales. Les leçons de l'expérience révolutionnaire burkinabè indiquent que pour l'Afrique, les chemins de la renaissance requièrent une autre vision de la conquête et de la gestion du pouvoir d'État. Il nous faut en Afrique repenser tout notre mode de gouvernance en nous assurant que l'État et ses structures sont,dans leur fonctionnement quotidien, adaptés à notre contexte. Il s'agit de réinventer la démocratie en privilégiant la concertation, en favorisant une culture du développement qui prend en compte les aspirations légitimes du plus grand nombre. Cela passe par la mise en place d'un système de gestion économique prospectif, soucieux de mettre l'homme au centre du processus de développement. Telles nous paraissent être, pour l'Afrique, les voies de l'espérance.
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