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Les voies de l'espérance

1. Gouvernance et développement

La gouvernance, c'est d'abord l'État et la juste vision que l'on en a.

L'État n'est pas une organisation comme les autres. Il est le dépositaire de la souveraineté et le porte-parole de l'intérêt général. À ce titre, il doit bénéficier du privilège de la claire vision des responsables.

De nos jours, la définition du rôle de l'État et des modes de sa gestion soulève bien de débats. Les uns, convaincus de la supériorité du marché, préconisent un État réduit à des fonctions de régulation et la privatisation de toutes les activités marchandes. Les autres, soucieux de la préservation de l'intérêt général, revendiquent la primauté du service public et fustigent l'incapacité des forces du marché à créer la dynamique sociale et unitaire qui fait la force des nations.

Cette polémique, généralement empreinte d'apriori idéologiques, oublie que la réponse varie nécessairement d'un pays à un autre en raison de l'histoire, de la culture, des modes de vie et de la situation économique.

En Afrique, c'est l'État qui a dû "créer" la nation et organiser l'économie. Dans un tel contexte, on ne pouvait qu'assister à un interventionnisme poussé de la sphère publique.Cette omniprésence, acceptée par tous comme le gage d'une protection, fait de l'État davantage un patrimoine collectif qu'une simple expression juridique. Il n'est pas étonnant alors que les pressions exercées en faveur d'une libéralisation tous azimuts du secteur productif, notamment par le biais des privatisations, se heurtent à l'hostilité decertaines forces politiques qui la vivent comme un bradage du bien commun.

L'État a un rôle stratégique à jouer en matière de développement. Il doit savoir impulser l'élan nécessaire à l' épanouissement entrepreneurial et social. En tout état decause, ce qui compte, c'est la façon dont l'État remplit son rôle d'arbitre, de régulateur ainsi que la manière dont il accomplit ses missions d'organisation et de promotion.

Du reste, si le mécontentement des citoyens envers la puissance publique est grand, leurs attentes à son égard demeurent aussi fortes.

Il s'agira alors pour l'Afrique de cultiver la nécessaire complémentarité des rôles entre la puissance publique, le marché et la société civile.

Dans la mesure où l'intérêt de tous passe par un État organisé capable de mobiliser les intelligences autour des enjeux essentiels, nous avons besoin d'une ambition nouvelle pour l'État africain et d'une pratique rénovée au ser-vice de cette ambition. Cela suppose un environnement institutionnel démocratique suffisamment performant et stimulant pour entraîner le plus grand nombre. Cela requiert aussi des femmes et des hommes aptes à s'investirdans cette nouvelle croisade et fermement convaincus queles grandes conquêtes ont toujours reposé sur une saine passion.

Ce défi exige enfin des responsables qui savent échapper au piège de la routine pour penser l'avenir et imprimer à leur action une vision prospective. Secouées par des crises de plus en plus fréquentes et difficiles à anticiper, les élites politiques africaines semblent ne plus disposer du temps nécessaire de réflexion pour fonnuler des solutions novatrices adaptées aux contraintes de leur environnement.Elles entreprennent alors des actions qui s'inscrivent dansle court terme et rarement accompagnées d'une remise en cause fondamentale des modes de gestion traditionnels et des structures héritées du passé.

Pour optimiser leur capacité de gestion et d'innovation, les gouvernants ont besoin d' avoir une vision claire et dedévelopper une approche consensuelle sur les orientations stratégiques prioritaires, sur les ressources nécessaires à leur mise en oeuvre et sur les rôles et responsabilités que doivent assumer les divers acteurs des secteurs socio-économiques.

La gouvernance, c'est aussi l'homme comme acteur et bénéficiaire du développement.

En tant que conscience motrice du développement, l' homme a besoin, pour une pleine efficacité, d'être associé à l'élaboration et à la gestion des lois de son environnement social. La bonne gouvernance a vocation à faire de lui un agent du développement et non un simple patient, à le considérer comme un être pensant et non comme une bête d'automatisation dans la mesure où il s'agit de donner au développement un visage humain.

Le type de gouvernance qui stimule la pleine productivité de l'homme, c'est celui qui le responsabilise à la base, qui galvanise son génie inventif, encourage et accompagne sesinitiatives productrices et libère ce qui fait de lui un être social : sa force de pensée et de proposition dans l'intérêt de la collectivité.

Les espaces de liberté que cela implique imposent que l'État soit régi par des institutions crédibles pour lui permettre d'être impartial dans la régulation des rapports de production, d'assurer avec efficacité son rôle d'orientation des actions de développement, de garantir un bien-être social hannonieux, d'assainir constamment l'administration et la concurrence sur le marché.

L'intérêt de tous dans nos pays passe par un État organisé qui sait asseoir son autorité sur le respect des droits individuels et collectifs ainsi que sur la discipline républicaine qu'il inspire à tous les citoyens. Sa crédibilité se manifeste alors au plan économique par sa capacité à juguler les phénomènes de rente et de prédation illicite au sein de son propre appareil. Malheureusement, dans plusieurs pays africains, l'État doit encore faire la preuve de la compétence de ses démembrements à assurer l'impartialité requise dans la régulation du marché, l'organisation des échanges.Nous devons encore imaginer, de concert avec les partenaires économiques, les dispositions juridiques et les structures de contrôle capables de décourager radicalement le phénomène ravageur de la fraude et la corruption, de déceler toutes les subtilités de gestion malsaine déployées pardes agents au sein des administrations en complicité avecles acteurs économiques déloyaux de l'intérieur comme de l'extérieur.

Ce combat contre les dangers d'institutionnalisation de la corruption doit être partout de rigueur. Il est impératif afinque le fruit de la croissance puisse contribuer effectivement à l'épanouissement de l'ensemble des populations aulieu d'être accaparé par une poignée de délinquants. Cela est aussi l'un des défis de la gouvernance.

L'État doit veiller à ce que le fruit de la croissance économique soit au service exclusif de l'épanouissement de l'homme. C'est en cela que la bonne gouvernance apparaît à la fois comme l' âme qui féconde le développement et leprincipe en dehors duquel la croissance matérielle produirait paradoxalement l'exclusion et la régression sociale.

Pour parvenir à la cohésion sociale qui subordonne les intérêts individuels et groupusculaires aux priorités consensuellement dégagées, le tact de la gouvernance sera de savoir créer les créneaux organisationnels associant les différents secteurs sociaux à l'élaboration des programmes de gestion et de répartition des ressources disponibles.C'est le seul moyen d'assurer une saine utilisation des richesses nationales et la justice dans la répartition des gains de la production.

Mais, parce qu'on ne saurait instaurer réellement la bonne gouvernance que dans un contexte de démocratie garantissant la stabilité, la quête de la bonne gouvernance et la construction de la démocratie sont intimement liées.

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