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Les voies de l'espérance5. L'Afrique doit se prendre en chargeLes obstacles économiques, politiques, culturels et sociaux que rencontre l'Afrique constituent la plus ferme des invitations à ses fils pour qu'ils retrouvent le chemin de l'unité qui autorise la prise en charge effective de leur destin. Car sans l'union, l'Afrique restera à la périphérie de l'histoire. La simple morale nous dicte de nous défaire à jamais decette image de main tendue qui nous colle à la peau et debâtir des pactes d'amitié où dignité et fierté compteront autant que solidarité et générosité. Cette quête d'indépendance n'est pas nier l'importance des leviers de la solidarité entre les peuples. C'est donner une autre lecture aux droits de l'homme et des peuples, c'est assumer le devoir de savoir rester soi-même. L'Afrique avait su, en d'autres temps, au prix d'une volonté ardente et confiante en l'union de ses fils, faire surgir l'espoir face aux périls extrêmes. Notre conviction est qu'elle doit de nouveau créer l'opportunité, dictée par lanécessité de sa survie, de réussir une oeuvre majeure de solidarité par l'intégration. Mais le constat paradoxal est que la multiplication des ins- titutions interétatiques depuis les indépendances a plus freiné l'intégration qu'elle ne l'a servie. Cependant, le souffle rédempteur qui semble marquer notre nouvelle détermination prend des formes encourageantes qu'il est de notre devoir de savoir consolider en ayant une bonne lecture de nos erreurs du passé . Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), Communauté économiquedes États de l' Afrique de l'Ouest (CEDEAO), Communauté économique et monétaire des États de l'Afrique centrale(CEMAC), Communauté de développement de l' Afrique australe (SADC), Union du Maghreb arabe (UMA), etc. La consolidation de nos politiques d'intégration peut offrir l'occasion d'une forte innovation de nos politiques de développement. En élaborant un vaste et audacieux programme communautaire de sécurité alimentaire, nous ferons reculer à jamais le spectre de la famine. En unifiant nos différents plans de protection de l'environnement et de gestion des ressources hydrauliques, nous mettrons un terme à l'avancée du désert et ferons de la pénurie d'eau un souci oublié pour nos populations. Par ailleurs, le développement en commun de nos moyens de transport et de communication favoriserait une vraie libre circulation des personnes et des biens et assurerait une meilleure rentabilité à nos circuits de commercialisation. Cette approche est à nos yeux la seule planche de salut, car on ne saurait imaginer un développement endogène de l'Afrique hors des sentiers de la solidarité et de l'intégration. La région intégrée est une grande destination pour le commerce et l'investissement. En outre, il est indéniable que le marché régional se présente aujourd'hui comme une école de la mondialisation,une voie d'adaptation à la globalisation. La paix constitue bien évidemment le principal préalable à toute intégration réussie. Dans ce domaine, le constat est malheureusement accablant. De la corne de l'Afrique à sa partie Ouest, en passant par l'Afrique centrale, naissent et renaissent sans cesse des foyers de tension. On remarque un recul des conflits entre États souverains, même si quelques problèmes de frontière surgissent de temps à autre pour nous rappeler la délicatesse de la question des tracés hérités de la colonisation. Mais la recrudescence des conflits internes est, quant à elle, plus que préoccupante. Ces conflits mettent le plus souvent en jeu des questions de légitimité identitaire ou d'intolérance politique et portent directement atteinte à l'ordre social : affrontements ethniques, violences politiques, déplacement de populations, massacres, destruction de biens et d'infrastructures. Les ravages économiques et matériels sont énormes, mais les blessures psychologiques sont les plus atroces. Aucune partie du continent n'échappe à cette folie meurtrière des hommes. Dans la région des Grands Lacs, plusieurs millions de personnes sont cycliquement déplacées lors d'affrontements politico-ethniques dévastateurs.L'instabilité observée dans la région Est de la République démocratique du Congo en ce mois d'août en est une illustration. En Afrique de l'Ouest, en Sierra Leone et au Libéria notamment, la violence s'est imposée à l'économie,conduisant à la fermeture d'importantes mines et compromettant ainsi des années de recettes d'exportation. Si la paix tarde à venir dans le premier pays, l'espoir renaît dans le second où la démocratie a fait son entrée. En Angola et au Sud Soudan, le cycle de la mort, de l'insécurité et de la peur agit comme une fatalité qui écrase les espoirs de survie et d'épanouissement de dizaines de millions de personnes. Dans la corne de l'Afrique, les populations sont durement éprouvées par le conflit inter-Somaliens et la guerre fratricide érythréo-éthiopienne. En Afrique du Nord, les extrémismes politico-religeux continuent de s'exprimer par la violence et le sang. Quel gâchis! Imagine-t-on l'importance des ressources ainsi détruites au moment où la pauvreté de masse, l'analphabétisme et les difficultés d'accès aux soins de santéfrappent quotidiennement à nos portes ? Il est triste d'avoir à admettre que la haine et la violencerestent, à l'orée du XXIe siècle, les ressources privilégiées par certains esprits pour régler leurs contradictions. Interpellé dans son écartèlement meurtrier et sa conscience bafouée, notre continent doit démontrer sa maturité et sa capacité à imaginer les mécanismes du retour à la quiétude. Les initiatives ne manquent pas, qui vont de la médiation, inspirée par nos traditions, à la mise en place d'instruments politiques de règlement pacifique des conflits, dont la vocation à terme est de faire émerger une véritable culture de la paix. Le Burkina Faso s'efforce de faire face à son devoir. Il a abrité plusieurs rencontres de médiation entre parties en conflit dans les pays voisins. Les résultats ont été souvent concluants, parfois mitigés en fonction de la réelle détermination des protagonistes et de leur volonté d'aboutir à la paix. Ces facteurs demeurent d'ailleurs déterminants aumoment de l'application des accords et recommandations obtenus lors des négociations. À l'initiative des chefs d'État et de gouvernement, l'OUA a eu l'intelligence et la sagesse d'élaborer des formules de médiation pour les situations de conflit. La primauté de notre organisation commune doit être réaffirmée, même si des contributions ponctuelles de règlement émanant de l'extérieur sont toujours les bienvenues. Le véritable défi pour l'OUA, c'est de pouvoir transformer les compromis obtenus autour des tables de négociation en comportements disciplinés sur le terrain, ce qui n'est pas souvent le cas. Cette incapacité relative a beaucoup nui à son image. Ces limites méritent d'être corrigées. C'est ainsique nous donnerons une identité propre et un contenu concret à nos organes de gestion des conflits et du créditaux résolutions de l'OUA. Nous le réussirons si nous activons notre politique en la matière autour des trois axes fondamentaux que sont la prévention, l'intervention et la supervision. La diplomatie préventive est entrée dans les moeurs depuis déjà quelques années. Si une telle démarche se conçoit aisément entre autorités de deux États souverains, elle est en revanche moins évidente lorsqu'il s'agit d'un conflit entre des peuples dans leurs spécificités et dans leur histoire, surtout à l'intérieur d'un même pays. D'un point de vue purement pratique, des plans d'action doivent être mis en oeuvre pour promouvoir une politique par cercles concentriques de plus en plus vastes, de l'intérieur des pays à l'échelle de la sous-région. En d'autres termes, la prévention doit d'abord être intégrée aux politiques nationales respectives et pratiquée en cultivant l'ar du consensus, du compromis dynamique en lieu et place dela célébration de la victoire d'un camp sur l'autre. La paix devient forte à l'intérieur d'un pays lorsque les fondements de la nation se confortent des apports de toutes les sensibilités. La primauté doit donc aller aux formes de règlement qui donnent la priorité à la reconstruction d'un cadre institutionnel central fort et à une gestion consensuelle qui restaure la concorde autour des intérêts supérieurs du pays et des valeurs les mieux partagées par les populations. Concernant l'intervention, celle-ci commande que nousallions vers le prépositionnement de forces d'intervention humanitaires à l'intérieur de chaque pays, mais conçues dans une même doctrine d'emploi pouvant se mettre en casde besoin à la disposition d'un commandement unique panafricain sur ordre de l'organe central du mécanisme de prévention, de gestion et de règlement des conflits ou de l'organe décisionnel des Nations Unies. Une telle approche aura au moins le mérite d'éviter la cacophonie des décisions et contre décisions qui caractérisent un peu trop la scène politique africaine face aux conflits etde faciliter l'appui logistique et humanitaire des partenaires du Nord. La principale faiblesse des initiatives africaines réside dans la difficulté d'assurer la supervision des règlements sur le terrain. Cette donnée doit être dûment prise en compte sur les plans diplomatique et militaire. Sur le plan militaire, il va de soi que l'efficacité et la rapidité de forces de "professionnels" , placées sous la direction d'un état-major tactique unique, constituent un atout supplémentaire tant pour le suivi que pour la dissuasion. En prenant l'initiative de forger elle-même son destin,l'Afrique ne limite en rien les responsabilités de la communauté internationale dans la promotion de la paix et de l'aide au développement. Bien au contraire, nous avons pleinement conscience de nos limites objectives que toute notre volonté politique ne suffirait pas à repousser. La gestion des situations de conflit nécessites ouvent le déploiement de ressources humaines, matérielles et financières hors de portée des capacités de nos pays. C'est en ce sens que les organisations internationales devraient, en dépit des handicaps structurels qui sont les leurs, continuer de jouer la carte de la solidarité et du partenariat avec l'Afrique. Il y va de l'intérêt de tous, y compris des plus nantis. Le fossé grandissant qui sépare le Nord du Sud constitue unimplacable appel aux flux migratoires que même les proclamations xénophobes ne pourront pas arrêter. Et nul ne peut, même si la responsabilité passée des puissances étrangères n'entame en rien celle des Africains d'aujourd'hui, nier le fait que les puissances coloniales conservent une part de responsabilité dans la plupart des situations conflictuelles en Afrique ou dans le pillage de ses ressources. C'est un fait historique douloureux qui constitueun facteur de blocage sur le chemin du développement et qui nécessite de l'Afrique qu'elle sache dépasser son complexe si elle veut rattraper son retard. Le devoir de solidarité en faveur de la paix et du développement est donc un devoir moral pour les pays du Nord. Cette solidarité est une réponse impérative à la misère des populations, et cela d'autant plus qu'elle s'adresse plusà des peuples qu'à des gouvernements. L'apport nouveau de ce combat sera de faire émerger undroit au développement qui reprenne à son compte toutes les dimensions déjà connues des droits de l'homme, au premier rangs desquels les droits à la protection, à la satisfaction de ses besoins élémentaires et les droits de participation à la gestion du pouvoir. Nous en aurons de plus en plus besoin au moment où cette donne incontournable de notre ère qu'est la mondialisation de l'économie et des échanges provoque dans son sillage la globalisation des crises et des exclusions sociales. Y a-t-il à cela meilleur antidote que cette fameuse "mondialisation du partage" qu'appelle si justement de ses voeux Federico Mayor, directeur général de l'UNESCO ? Dans un tel contexte, la diplomatie de nos États est appelée à évoluer pour s'adapter aux enjeux de la période et pour répondre efficacement aux besoins de nos nations en aidant surtout à traduire nos ambitions en réalités. Considérée dans ses éléments traditionnels où l'apparence et l'apparat semblent souvent prendre le pas sur l'essentiel et le fond, la diplomatie a parfois été perçue, au Burkina Faso comme dans les autres pays d'Afrique, même par l'opinion la plus éclairée, comme un folklore inutilement coûteux. Pourtant, la situation spécifique des États africains commande qu'une place particulière soit attribuée à la politique étrangère. La nature essentiellement extérieure du financement du développement, la nécessité de consolider l'État et la nation de construction récente et encore fragile, l'impératif de l'unité africaine et, subséquemment, de l'intégration régionale suffisent à justifier l'importance qui doit être accordée à la politique étrangère. Dans la doctrine classique des relations internationales, la politique étrangère est construite autour de la projection de la puissance de chaque pays sur la scène internationale.Chaque pays dispose d'atouts et de handicaps spécifiques à partir desquels il gère ses rapports avec ses partenaires ouses adversaires. Mais pour des pays où, à quelques exceptions près, la notion de puissance est franchement élusive,la politique étrangère est d'abord une stratégie, la plus efficace possible, pour relever les défis majeurs auxquels la nation fait face dans la quête du développement. La diplomatie devrait donc être définie comme un dispositif technique et pratique au service du développement, de la construction nationale et de l'unité africaine. Cette vision de la diplomatie du développement s'impose à l'Afrique. Elle se distingue des approches classiques par les objectifs qu'elle vise. Il ne s'agit plus seulement d'animer par la technique des diplomates les rapports globaux - donc politiques - entre les États. Il s'agit surtout d'inventer les mécanismes les plus efficaces pour supporter l'action économique, commerciale ou financière. En Afrique, la diplomatie doit être au service du progrès économique et social, en considérant chacun des secteursde développement comme un de ses champs d'action. La diplomatie du développement, c'est aussi l'élargissement de l'espace classique des rapports extérieurs de l'État.Puisque la nouvelle politique étrangère impose d'autres types de partenaires du gouvernement, à côté des États et des organisations internationales, il faut que l'action diplomatique innove en créant des techniques d'approche et de rapport en adéquation avec la nature des ONG, du mouvement non gouvernemental et transnational en général et des organisations économiques et financières en particulier. La "vraie diplomatie", en vérité, n'est-elle pas justement,dans son essence, la capacité de s'adapter ?
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